La Grande-Bretagne constitue le pays pionnier de l’industrialisation. À la fin du XVIIIe, elle est regardée comme un modèle, mais aussi comme une concurrente redoutable. Son industrialisation démarre en fait vers 1720 et s’accélère en 1760. Elle a une puissance de production et de commerce énorme. Ce décollage précoce est dû à la coordination de la production et de l’ouverture marchande, à son archipel entre l’Europe et les USA avec ses interfaces (le pays sert d’intermédiaire entre l’Europe et le reste du monde), à des ressources propres anciennement valorisées et à son système social et politique original avec des paysanneries très tôt privées de la maîtrise du sol (l’enclosure). Ainsi, la population rurale doit compléter ses revenus par l’artisanat (bois, textile, etc.). Le savoir-faire de l’artisanat vient d’ici.
Le Royaume-Uni a des ressources dispersées lui permettant de créer des bassins miniers partout sur le territoire, d’où une ouverture maritime et le dynamisme des villes. On a l’héritage d’un capitalisme pré-industriel ouvert sur les échanges transocéaniques. Ce pays dispose aussi, depuis la révolution de 1668, d’un pouvoir politique qui a renoncé à l’absolutisme et qui a adopté une attitude favorable aux intérêts économiques – bien que les arbitrages soient parfois difficiles entre les intérêts des grands propriétaires fonciers et des marchands.
D’emblée, rejetons les grands mythes comme :
La suprématie technologique de l’Angleterre, car en réalité il y a dans toute l’Europe du Nord-Ouest un contexte favorable à l’innovation, à l’expérimentation et à la connaissance scientifique. Il ne faut pas non plus surévaluer la part de la technologie dans le décollage industriel : les machines de l’époque ont un petit rendement difficile à maîtriser qui nécessite énormément d’énergie. 1840 : l’énergie hydraulique assure les trois quarts de l’énergie et enore la moitié en 1870.
La maîtrise du capital et l’accumulation tirée du commerce mondiale et de la rente foncière. La première phase de l’industrialisation des Îles Britanniques s’opère avec une très faible intensité capitalistique. Les entreprises du XVIIIe et XIXe siècles sont essentiellement familiales et ne font pas appel au système bancaire très peu développé. On a une logique d’autofinancement de la croissance industrielle.
Le principe de libre-échange et de la vertu du libéralisme qui aurait dynamisé la croissance : le décollage industriel s’est opéré à l’échelle des petits bassins autour des villes mal reliées les unes aux autres. De surcoît, il n’y a guère de concurrence, car le coût du transport est trop élevé. Il n’y a pas non plus de marché de consommation sur lequel les producteurs pourraient se battre.
Ainsi, le décollage industriel du Royaume-Uni s’apparente à une dynamique complexe à la fois sociale, économique et culturelle. Cela entraîne le succès et la pérennité de la croissance britannique en période d’essor économique. À partir de ce décollage fin XVIIIe, la croissance ne s’est plus interrompue : la dynamique générale est née de l’impulsion britannique qui a modifié l’Europe et le monde. Le but est de comprendre dans quelles interactions entre sociétés, états et acteurs du marché, s’est développé ce modèle britannique qui va être appelé à être imité et concurrencé, imprimant une marque profonde sur le développement de l’Europe jusqu’au dernier quart du XXe siècle.

Article très interessant. Mais quelles sont vos sources ?
Désolé pour le temps de réponse, mais le blog étant en pause, je n’y vais que très rarement.
Pour ce qui est des sources, j’ai notamment utilisé les travaux de Patrick Verley sur la première industrialisation. Ainsi que mes souvenirs des cours de fac portant sur l’industrialisation du Royaume-Uni.
Merci pour le commentaire.
J’ajouterais que pour bien comprendre la période, il faut lire les analyses économiques de Schumpeter, Smith, etc.
En vérité, Verley m’est rapidement venu à l’esprit en lisant cet article, l’ayant lu ça saute aux yeux. Je vous ai posé cette question tout simplement parce que vos articles sur l’histoire, contemporaine, dans leur formulation, construction et sujet sont semblables à mes cours de fac ce qui m’a beaucoup intrigué je l’avoue.