L’Empire britannique établi par le Royaume-Uni fut pendant près d’un siècle la première puissance économique, politique, culturelle et scientifique mondiale. Il a souvent été décrit comme la première hyperpuissance mondiale, principalement en raison de son hégémonie et de son étendue. À son zénith, dans les premières décennies du XXe siècle, il comptait une population de 400 à 500 millions et s’étendait sur un espace territorial de 36,6 millions de km, ce qui en faisait l’empire le plus vaste de l’histoire.
L’impérialisme, qui est une politique d’expansion tendant à imposer à des peuples divers l’hégémonie d’un autre peuple, n’a a priori rien à voir avec un système économique particulier puisque l’impérialisme n’est pas apparu avec l’essor du capitalisme moderne fondé sur la liberté d’entreprendre, la propriété privée, la concurrence et la recherche du profit. Mais ce phénomène d’expansion coloniale des XIX-XXe siècles qui est accompagné de justifications politiques, idéologiques, voire religieuses et sociales ne peut pas être dissocié des relations économiques, tournées en faveur de la métropole. Car si l’impérialisme peut être justifié par de toutes autres raisons que les intérêts économiques et que des penseurs capitalistes l’ont décrié comme une entrave au fonctionnement du marché, il semble difficile d’occulter les motivations économiques dont il est avant tout le fruit.
Mais la cause la plus évidente et la plus ancienne de l’impérialisme est politique : il s’agit d’étendre sa domination et son prestige pour ainsi répandre sa civilisation. C’est dans cette optique que la politique coloniales britannique est soutenue. En effet, en 1867, le Royaume-Uni met en place sa première colonie de peuplement, ou dominion, au Canada. L’asservissement politique de populations permet d’exalter la patrie, faisant ainsi dire à un économiste français, en 1870 (cf. Leroy-Beaulieu, De la Colonisation chez les peuples modernes), que « le peuple qui colonise le plus est le premier peuple ; s’il ne l’est aujourd’hui, il le sera demain. » L’impérialisme politique est donc intimement lié à l’exaltation de la patrie et au nationalisme, lui donnant par là même un caractère idéologique et lui permettant ainsi d’imposer son modèle capitaliste.
Si la puissance coloniale est au service du prestige national, l’impérialisme britannique est par ailleurs imprégné d’un messianisme religieux. Cecil Rhodes, célèbre colonisateur anglais, écrit dans son testament que Dieu, s’il en est un, « travaille d’une manière visible à faire de la race anglo-saxonne l’instrument choisi à l’aide duquel il amènera un état social fondé sur la police, la liberté et la paix ».
Cette dernière citation laisse transparaître le sentiment d’une nécessaire mission civilisatrice. Car il s’agit dans la pensée de l’époque d’un devoir d’apporter la civilisation aux peuples qu’ils considèrent comme sauvages. L’éducation des peuples colonisés est aussi un moyen de promotion de la métropole, de sa culture, et de sa civilisation. En Inde, l’Angleterre mène une politique d’occidentalisation systématique pour imposer ses structures et sa logique capitaliste. C’est par exemple l’administration britannique qui prend les rennes de l’administration en Inde jusqu’en 1947.
Des raisons sociales viennent enfin s’ajouter aux aspects politiques, idéologiques et religieux. La colonisation est fréquemment revendiquée comme un outil de pacification des conflits intérieurs. Cecil Rhodes affirme à ce propos que l’impérialisme est rendu inévitable par la misère à laquelle il assiste en métropole. Il écrit ainsi : « L’Empire, ai-je toujours dit, est une question de ventre. Si vous voulez éviter la guerre civile, il faut devenir impérialiste. » Karl Marx explique également que l’augmentation des salaires ouvriers dans les pays européens est rendue possible par l’exploitation des colonies. L’Europe fait face à une véritable explosion démographique, puisqu’elle entame, voire achève, sa transition démographique au cours du XIXe siècle, et l’expansion coloniale permet de pallier ce fort accroissement de population : entre 1850 et 1910, près de 40 millions d’Européens émigrent, principalement vers les pays neufs.
Ces théories faisant l’apologie de la colonisation pour des motifs de fierté et de grandeur nationale, sur des bases religieuses ou bien sur la volonté d’apaiser les troubles sociaux intérieurs sont fortement critiquées par des penseurs libéraux, qui y voient une entrave au libre-échange, meilleur chemin vers l’intérêt du plus grand nombre.
La colonisation est très tôt condamnée par Adam Smith. Puis les radicaux anglais, s’apercevant que l’indépendance américaine a profité au Royaume-Uni plus qu’elle ne l’a desservi car les relations commerciales entre les deux pays se sont intensifiées. S’opposent à la théorie colonialiste de la dépendance les bienfaits de la liberté commerciale. Ce courant anticolonialiste libéral se distingue en Grande-Bretagne d’un mouvement humanitaire abolitionniste. Il parviendra à se faire entendre en condamnant par les urnes la politique annexionniste de Disraeli en 1881, et plus tard, en 1906, le protectionnisme douanier de Chamberlain (futur Premier ministre britannique de 1937 à 1940).
Malgré les condamnations des libéraux, les motivations économiques de l’impérialisme sont constamment présentes dans les discours coloniaux, mêlées aux justifications politiques, idéologiques et sociales. Les intérêts économiques jouèrent un rôle central à l’époque des grandes découvertes, et l’impérialisme de la fin du XIXe siècle n’en est pas non plus exempt. L’Angleterre quie est la terre de la Révolution Industrielle dispose en fait à la fin du siècle d’un surplus de capitaux inemployés, le capitalisme britannique est donc à la recherche de nouveaux débouchés et de placements rentables d’où le renouveau de colonialisme. Ajoutons que la grande confusion entre les milieux économiques et politiques britanniques stimule le climat chauvin qui entoure la conquête impérialiste de nouveaux territoires. L’exemple anglais illustre donc bien le lien étroit entre le fonctionnement du capitalisme et l’impérialisme.
D’autant qu’à partir de 1840, le commerce colonial, qui reposait sur le « pacte colonial », c’est-à-dire que chaque État s’assure le monopole du commerce avec ses colonies par le biais de compagnies privilégiées, cesse d’être une zone abritée. Colonisation et libre-échange se mêlent, sans que les métropoles perdent pour autant leur avantage sur les colonies. Le Royaume-Uni fût le premier a montré la voie puisque dès 1825, Huskisson, le ministre du Commerce, avait autorisé toutes les nations à commercer avec les territoires britanniques.
De plus, tandis que qu’on voit poindre des mesures protectionnistes en Europe suite à la crise des années 1880 (industrielle et commerciale), le Royaume-Uni reste fidèle au libre-échange, malgré l’affirmation politique de Joseph Chamberlain, qui réclame la « préférence impériale » fondée sur un système douanier, par le biais de sa « Ligue pour la réforme des tarifs (douaniers) ». Les puissances européennes deviennent de plus en plus dépendantes de leurs colonies : la part de l’empire dans les échanges internationaux de la Grande-Bretagne était d’environ 25% entre 1854 et 1867, elle est de plus de 30% à la veille de la Première Guerre mondiale. La prospérité britannique repose donc largement sur son empire.
Pour à assurer sa prospérité économique et tirer systématiquement profit de ses colonies, l’empire britannique a renforcé la cohésion de son empire – les différents territoires jouissant de statuts adaptés : dominion, protectorats, colonies. Aussi, il s’est appuyé sur un arsenal militaire solide, mais paradoxalement disproportionné par rapport au territoire sur lequel il s’étend.
Sous le règne de la reine Victoria (1837-1901), celui-ci s’exprima autour de 72 campagnes militaires. Cependant, les Forces armées britanniques n’ont représenté qu’environ 0,8 % de la population. En 1898, la British Army comptait 99 000 soldats professionnels dans les îles britanniques, 75 000 dans l’Empire des Indes et 41 000 dans le reste de l’Empire. L’armée de l’Inde britannique était forte de 148 000 hommes tandis que la Royal Navy comptait 100 000 hommes. Pourtant, le budget de la Défense cette année était de 40 millions de livres sterling, soit 2,5 % du PNB. Il semble alors que l’impérialisme britannique recouvre une réalité visiblement occultée ; celle de déployer des moyens militaires conséquents à l’image de la puissance de la nation qui les met sur pied.
À son apogée, l’Empire britannique, à savoir à la fois le Royaume-Uni et toutes les entités sur lequel il exerçait son contrôle, s’étendaient sur un tiers des terres émergées et englobait un quart de la population mondiale. L’Empire britannique fut donc le plus grand et le plus peuplé que l’histoire ait connu. D’où la célèbre phrase qui veut que l’empire britannique soit : « un empire sur lequel le soleil ne se couche jamais» puisqu’en effet une partie de l’empire restait constamment ensoleillé.
À la fin de l’époque victorienne, c’est-à-dire au début du XXe siècle, le Royaume-Uni a perdu énormément de son monopole industriel, en particulier au profit des États-Unis, qui a surpassé le pays en production et commerce industriel au tournant des années 1890. Le pays resta quand même une superpuissance prépondérante et son empire atteignit sa superficie maximum en 1921.
Il tient lieu de ne pas occulter qu’à l’image des États-Unis d’aujourd’hui, l’empire britannique de naguère fut une thalassocratie maritime. En tant que telle, elle ne trouva donc aucun intérêt à ce qu’une Europe continentale unie et forte émerge, risquant ainsi de trouver face à elle un concurrent économique. Ces rivalités économiques et géopolitiques incitèrent le Royaume-Uni à s’étendre en empire dans le but d’ériger un colosse économique n’ayant pas à craindre une éventuelle rivalité européenne.
Cependant, l’administration britannique dû avoir recours à une législation stricte pour garantir la pérennité de son hégémonie. Ce qui passa par exemple par l’abrogation des lois sur le blé. Ce qui eut pour effet d’étendre à tout l’empire britannique le principe de la politique de main-d’œuvre à bon marché. Après une déferlante de produits d’alimentation à bas prix, les seuls bénéficiaires de cette politique furent les gigantesques établissements londoniens de commerce international et les banques qui les finançaient. Le clivage social de la société britannique s’aggrava, entre une mince frange de population très opulente et une masse d’individus paupérisés, en nombre grandissant. Ces dispositions favorisèrent les inégalités sociales.
Le postulat suivant éclaire sur les rivalités géopolitiques entre les îles britanniques et le continent qui les poussa à profiter des circonstances particulières. Celles-ci firent d’elle une île séparée de l’Europe continentale. La libérant des coûts d’entretien d’une armée de terre, afin de se concentrer sur la maîtrise des mers. Le pillage des richesses des vastes confins du monde lui a permis de maintenir un équilibre des forces sur le continent, créant ou finançant à volonté des coalitions contre toute nation, qui à un moment donné a semblé sur le point de dominer la masse continentale européenne.
