Fort d’un programme intelligent et de sondages favorables (14%), Jean-Pierre Chevènement aurait pu être le troisième homme de la présidentielle de 2002. D’autant qu’à la faveur d’une alliance avec Philippe De Villiers (un dîner est organisé par Paul-Marie Coûteaux et Max Gallo, relations communes des deux politiques – le président du MPF est alors tenté d’annoncer son soutien), Chevènement pouvait brasser de gauche à droite un large électorat.
Effectivement, ce coup psycho-stratégique aurait certainement apporté au président du MRC les quatre ou cinq points qui l’auraient propulsé au second tour contre Jacques Chirac ou Lionel Jospin avec l’assurance de battre n’importe lequel des candidats face à lui. Les électeurs de l’UMP auraient accordé leurs voix à Chevènement (présence de De Villiers) et les ouvriers de gauche n’auraient sans doute pas voté pour Jospin qui déclarait que son programme n’était « pas socialiste. »
Rapidement, il y a des fuites pour faire capoter l’affaire et Eric Zemmour (eh oui, encore lui…) est le premier à révéler l’information dans un article pour le Figaro, déclenchant une frénésie journalistique. Est-ce un coup des gauchistes du MRC ou des droitards du MPF ? Personne de sait. Toujours est-il que des membres du MRC emmenés par le député de Haute-Saone menacent de quitter Chevènement pour Jospin si Philippe De Villiers les rejoint. Ainsi, Chevènement décide de stopper l’opération et son discours s’essouffle. Il fera un peu plus de 5% à la présidentielle.
Bref. Une belle occasion manquée. Jean-Pierre Chevènement est un grand politique, mais un nain stratégique. D’où la phrase très pertinente de Max Gallo : « Il parle comme De Gaulle, mais agit comme Guy Mollet. » Et, bien qu’il fasse trop séide républicain à mon goût, j’apprécie fortement Jean-Pierre Chevènement (tant l’homme que ses idées). D’autant qu’il est l’un des rares ayant lancé un : « Calembredaine ! » au 20h de PPDA. C’est un peu comme si les mecs de la télé-réalité discutaient des heures d’Heidegger ou de Herder.
NB : Précisons que l’Action Française – excellent journal – avait également choisi de soutenir la candidature de Jean-Pierre Chevènement en 2002.
