Prolégomènes à la PAC
mai 15, 2008 par RF
La PAC, ou politique agricole commune, est une politique mise en place à l’échelle de l’Union européenne, en 1962, suite au traité de Rome (1957). Elle vise à assurer la sécurité des approvisionnements à un prix raisonnable, à améliorer le niveau de vie des agriculteurs et à augmenter la productivité. Pour cela, un premier grand tournant est franchi en 1993 : un marché unique est constitué entraînant l’harmonisation des prix et l’éloignement des frontières douanières.
La préférence communautaire est la règle à l’époque. Ce système complexe protège les productions européennes et favorise l’exportation avec diverses aides (l’UE paye la différence du prix à l’acheteur). La solidarité financière est donc inévitable, d’où la création d’une caisse commune, la FEOGA, que les états financent en fonction de leurs richesses. Les importations sont, elles, soumises à un prélèvement variable qui vise à ramener le prix du produit importé à un prix de seuil supérieur au prix du marché (à l’exception des produits tropicaux). Bref, les échanges intracommunautaires se développe fortement et l’Europe est autonome ; elle se nourrit elle-même et elle devient un des plus gros exportateurs, derrière les États-Unis.
La communauté économique européenne ou CEE est excédentaire dès les années 80, d’où le rôle crucial de l’exportation, ce qui est plutôt ennuyeux ; car le contexte est difficile. Les marchés solvables sont à l’époque limités parce que la conjoncture politico-économique est défavorable. Des pays sont indésirables (URSS/Iran). De plus, la concurrence très forte entre les pays exportateurs conduit au dumping social. Les états exportent de plus en plus, d’où l’explosion du budget de la FEOGA.
Dans le même temps, le principe de la préférence communautaire est remis en question : les marchés sont déstabilisés par les pays étrangers. Le groupe de CAIRNS (Canada, Nouvelle-Zélande, etc.) fait en effet condamner les aides à l’exportation au niveau international, ce qui est à relier au recul de l’agriculture européenne. Aussi, une opposition apparaît entre l’agriculture intensive et les nouvelles attentes des consommateurs. La dynamique agricole ne suit pas l’évolution de la société qui s’inquiètent des crises sanitaires, de la sur-industrialisation agroalimentaire et de la pollution. Néanmoins, l’agriculture et les firmes multinationales finissent par s’adapter aux exigences qualitatives (labels) des citoyens tout en ayant des difficultés culturelles, politiques et économiques.
L’adaptation à la crise, dans ce contexte, passe par des réformes visant à éviter les excédents invendables, à maîtriser la FEOGA et à tenir compte de la demande sociale. C’est ainsi qu’en 1984 est mise en place une politique des quotas laitiers, ce qui réduit grandement le nombre des producteurs, passant de 350 000 en 1983 à 112 300 en 2002. Le financement de l’agriculture est ensuite largement modifié en 1992 ; les prix baissent et – pour compenser – les aides aux agriculteurs, elles, augmentent. Plus radicale, la réforme de 2003 est très décriée, car les aides sont alors attribuées sur des références historiques, d’où des inégalités flagrantes (rentes de situations).
L’objectif est de libéraliser l’agriculture et de la réorienter vers les productions les plus rentables. La conjoncture a aujourd’hui changé et les prix agricoles ont grandement augmenté, ce qui peut s’expliquer par la forte demande mondiale des pays émergents, la production nouvelle de biocarburants, les difficultés climatiques et le manque de réserves agricoles des pays développés. En clair, les stocks baissent et les prix augmentent, d’où un déséquilibre des marchés mondiaux.