Megavixens est le dernier opus de la trilogie Vixens et le plus osé (superlatif « méga »). Mélange d’humour, de violence et de sexe, le film est un cocktail d’originalité. Russ Meyer, le fantasque et controversé réalisateur, joue sur la provocation (descendance d’Hitler). Cette volonté subversive de mêler nazisme et érotisme le place du côté des réalisateurs intellectuels et du cinéma expérimental à la Godard, d’où la marginalisation de son œuvre. Megavixens, ovni cinématographique, passe donc de l’érotisme psychédélique à la tragédie eschylienne.
Ce qu’il y a de génial, c’est d’abord le côté jubilatoire du film. Malgré une intrigue quasi inexistante (enquête), il n’y a aucun temps mort et l’action est détonante. Des références cinéphiliques précisent (Psychose, Massacre à la tronçonneuse, etc.), une savante déconstruction narrative tournée vers un cinéma élitiste à la Resnais et un univers absurde plus décapant que les Monty Python font de ce long métrage une exception. C’est précisément cette singularité qui autorise le choix d’une pleine et entière liberté artistique à l’image des décors kitchissimes dignes de Barbarella. Meyer est arrivé à conceptualiser la vision sous LSD (couleurs criardes), d’où la démesure perpétuelle émanant de nombreuses scènes.
Bijou de causticité et de cynisme, ce film est un véritable kaléidoscope qui réussi paradoxalement à décrypter objectivement les relations humaines via l’absurde. Opéra baroque aux accents wagnérien, la musique est formidable et elle colle à la perfection à ce monde de nymphomanes et de meurtriers – frissons, sueurs froides. Meyer désacralise le cinéma dans l’Amérique puritaine (idéalisation de la mère).
Raven de la Croix, l’actrice centrale est elle aussi un atout de poids à ce film d’exception. Au-delà de son charme ravageur, de ses formes généreuses et des scènes très abandonnées, la trouble personnalité de la mystérieuse enquêtrice qu’elle interprète contribue grandement aux succès du film. C’est un peu le Dr Jekyll et Mister Hyde version post-moderne. Chaste voire prude et quasi Sainte en plein jour, Margo, son personnage, attend la nuit pour réaliser les fantasmes qu’elle avait imaginé : orgies au grand air, plaisirs séculaires et strip-teases au bastringue conduisant à une explosion des sens et à un délire orgasmique.
Vibrant plaidoyer pour un retour à la nature prôné par Thoreau, ce film se caractérise également par la place accordée aux joies simples de la vie en forêt : balades près d’impétueux torrents montagnards et solitude monastique. Pour terminer, les pincés d’humour parodique et l’autodérision distillées au fil des séquences à travers les stéréotypes renforcent l’idée que la réalisation oscille entre l’intellectualisme révolutionnaire d’un Fellini et la loufoquerie de Jerry Lewis.
